Parlant peu d’elle-même et de sa pratique, Sakiko Nomura croit à la photographie comme en quelque chose de puissant et de mystérieux, que l'on ne peut saisir avec des mots. C’est pourquoi ses photographies ne « disent » pas, elles nous font « ressentir ». L’artiste entremêle les lieux, les époques, et embrasse l’accident photographique pour créer des histoires qui peuvent sans cesse être réinventées. Le mystère propre aux images de Sakiko Nomura réside surtout dans ce qu'elles ne montrent pas mais laissent entrevoir : les étreintes de corps nus dans l’ombre d’espaces feutrés, que l’on distingue dans le bruissement des draps ou d’un rideau laissé légèrement entrouvert. Une intimité à la fois dissimulée et offerte, que l’artiste capture dans un jeu de lumières et de matières pour défier le regard. Dans sa série Another Black Darkness, Nomura utilise le processus de la solarisation (inventé par Man Ray) pour plonger ses modèles dans le noir. Elle masque pour mieux montrer un érotisme et une sexualité à peine perceptibles, confinés à l’abri de la ville et des espaces extérieurs, à l'abri du regard du spectateur, aussi, questionnant les limites de ce qu’on peut et ce qu’on ne peut - ou ne doit - pas voir.
---
Quiet about herself and her practice, Sakiko Nomura believes in photography as something powerful and mysterious that cannot be captured in words. That's why her photographs don't “say”, they make us “feel”. The artist interweaves places, times and embraces the photographic accident to create stories that can be endlessly reinvented. The mystery of Sakiko Nomura's images lies above all in what they don't show, but let us glimpse: the embraces of naked bodies in the shadows of hushed spaces, discernible in the rustle of sheets or a curtain left slightly ajar. An intimacy that is both concealed and offered, captured by the artist in a play of light and materials that defy the gaze. In her Another Black Darkness series, Nomura uses the solarization process (invented by Man Ray) to plunge her models into darkness. She masks in order to better show a barely perceptible eroticism and sexuality, confined to the shelter of the city and outdoor spaces, and away from the viewer's gaze, too, questioning the limits of what we can and cannot - or must not - see.