À marée basse — Kusukazu Uraguchi / Laure Gilquin
Exposition photographique & sculpturale
À marée basse
Kusukazu Uraguchi & Laure Gilquin
Commissariat : Sonia Voss
À propos de l'exposition
Depuis plus de trois mille ans, les ama, « femmes de la mer » japonaises, peuplent les rivages de l’archipel, plongeant en apnée à la recherche d’algues et d’ormeaux. Leur lien sensuel à l’eau, leur intrépidité et leur souveraineté ont, au fil des siècles, fasciné les poètes et les artistes.
Le photographe japonais Kusukazu Uraguchi (1922-1988) est originaire de Shima (préfecture de Mie), sur la côte du Pacifique. Il a consacré plus de trente années à traduire en images la vie des ama de sa région. Ses photographies mettent en lumière leurs pratiques séculaires, alors déjà menacées de disparition, tout en capturant leur énergie de chaque instant. Nourri par leur vitalité et la confiance qu’elles lui ont accordée, il a développé un langage visuel marqué par l’intensité et l’expressivité : noirs et blancs contrastés, décadrages, gestes saisis dans leur spontanéité ancrent les ama dans leur époque — les années 1960 et 1970 principalement — tout en rendant hommage à leur féminité puissante et assumée et à l’interaction harmonieuse qu’elles ont su établir avec leur environnement. L’exposition puise dans l’archive d’Uraguchi, riche de plusieurs dizaines de milliers de négatifs et longtemps restée inexplorée.
À l’occasion de cette exposition, le travail d’Uraguchi est mis en perspective avec celui de l’artiste française Laure Gilquin (née en 1981). Céramiste, photographe et relieuse spécialisée dans l’objet-livre, Laure Gilquin élabore depuis quelques années des œuvres de terre cuite — brute, engobée ou émaillée — dont les reliefs complexes et les crêtes délicates, sans renvoyer littéralement aux règnes de la nature, évoquent leurs formes et leurs processus.
Choisies dans son atelier, ses sculptures déclinent une palette de noirs et de blancs proche de sa propre pratique photographique, tout en ouvrant un dialogue inattendu avec Uraguchi. La brillance de son émail résonne ainsi avec la moire des algues ramassées par les ama, ses lignes de vertèbres aux nuances calcaires prolongent les « cordes de vie » assistant les plongeuses, ses copeaux anthracite composent de périlleux horizons de vagues sombres.
Organismes suspendus entre le végétal et l’animal, concrétions semblant issues du monde marin, réminiscences de paysages côtiers viennent par ailleurs souligner la dimension merveilleuse et mystérieuse de l’univers des ama, rappelant ce waka de la poétesse Izumi Shikibu (XIe siècle) :
De nombreuses formes
Étranges et belles
Nagent dans les eaux nocturnes
J’hésite à les partager
Avec d’autres plongeuses le jour…
Nous nous réjouissons de partager avec vous les œuvres de Kusukazu Uraguchi et Laure Gilquin qui, de captures du réel en visions poétiques, nous plongent dans les profondeurs de l’océan, de ses créatures et de ses transformations.
— Sonia Voss
Commissaire d’exposition
À marée basse
Les artistes et la commissaire d'exposition

1922–1988 · Japon
Kusukazu Uraguchi
Photographie
Né en 1922 à Fuseda, Shima, Kusukazu Uraguchi effectue des études secondaires avant d’être employé à Mitsubishi Electric, Nagoya, puis envoyé dans un bureau de poste en Mandchourie. Mobilisé en 1944, il rentre à Shima après la guerre et se lance comme négociant en perles – il transformera plus tard son affaire en commerce d'accessoires. La publication d’une de ses images dans Camera Mainichi en 1956 marque ses débuts de photographe. En 1965, il est inclus pour la première fois dans l’une des expositions annuelles de l’association Nika, puis obtient le premier prix au Salon Nikkor, en 1968.
À partir de 1972, ses photographies sont régulièrement publiées dans les mensuels Camera Mainichi, Nippon Camera et Photo Art. En 1978 paraît son livre Shima Fudoki (publié à compte d’auteur), puis Shima no ama (Nippon Camera, Tokyo) en 1982. Entre 1984 et 1988, il fait l’objet de plusieurs expositions personnelles à l’étranger : à Bologne (Galleria Lotti), Amsterdam (Canon Photo Gallery), Chicago (université de l’Illinois), ainsi qu’à Paris et dans plusieurs villes en France (réseau des galeries Fnac). Uraguchi décède des suites d’une pneumonie en 1988.

Née en 1981 · France
Laure Gilquin
Céramique & Sculpture
Laure Gilquin est une artiste française, diplômée en 2004 de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Elle vit et travaille à Berlin depuis 2009. Son travail artistique est composé de photographies argentiques, dessins, pièces en céramique et verre et d’installations sonores.
Parallèlement, elle collabore avec des photographes, éditeurs et galeries au sein de l'Atelier Laure Gilquin pour concevoir des livres, des coffrets et des boîtes fabriquées en pièces uniques ou séries limitées. Avec une attention portée aux détails et en cohérence avec le travail de l’artiste, elle intervient dans la recherche de la forme, des matériaux, des assemblages, des pliages et des finitions, puis fabrique les pièces avec soin et précision. Elle donne une importance particulière aux matériaux et aux techniques artisanales pour créer des objets sensibles, autant dans leur dimension émotionnelle que sensorielle. Le toucher, la vue et l’ouïe jouent un rôle important. Associant compétences et maîtrise technique à un regard artistique, elle apporte à chaque projet un caractère personnel.

Commissariat
Sonia Voss
Commissaire d’exposition
Sonia Voss est autrice et commissaire d’exposition. Elle a présenté « Corps impatients. Photographie est-allemande 1980-1989 » aux Rencontres d’Arles (2019) et « Sibylle Bergemann. Le Monument » à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris (2025). Elle a également dirigé plusieurs ouvrages relatifs à la scène est-allemande, aux éditions Xavier Barral / Atelier EXB, chez Koenig Books, Hatje Cantz et Kerber.
Étendant son champ de recherche à d’autres territoires est-européens, elle s'est interessée en particulier à la Lituanie des années 1970 et 1980. Elle a par ailleurs assuré le commissariat du Prix Découverte Louis Roederer aux Rencontres d’Arles 2021 et accompagne des artistes contemporains, comme Isabelle Le Minh ou Tarrah Krajnak.
Elle explore enfin des archives comme celles de Kusukazu Uraguchi dont elle a révélé le travail au public en 2024 avec l’exposition « Ama » et la monographie Shima no ama (Atelier EXB).
Elle vit et travaille entre Paris et Berlin.
À marée basse
Images
Kusukazu Uraguchi
Les ama · Photographies d’archives
Laure Gilquin
Sculptures · Terre Cuite
Terre cuite engobée et émaillée, bois
Terre cuite engobée, bois