Masaru Tatsuki - Fish-man
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1 rue des Minimes
09709759181 Rue des Minimes
75003 Paris
France
Masaru Tatsuki
Fish-man
Publié par T&M Projects, 2015
Taille : 29,7 x 21 cm
Couverture rigide + un livret à couverture souple
144 pages
Langues : anglais, japonais
C’est il y a quelques années, alors que je travaillais sur un projet photographique dans le nord-est du Japon, que j’ai commencé à m’intéresser aux personnes qui vivent au bord de la mer. À l’époque, je visitais un petit village situé sur une crête montagneuse surplombant l’océan. En déambulant sur un sentier, j’ai découvert un petit bateau en bois qui avait été abandonné et qui était depuis complètement pourri. De sa coque délabrée poussait un arbre aux feuilles d’un vert luxuriant.
Les montagnes et l’océan sont intimement liés, et leurs habitants – les humains, la nature, les animaux terrestres et les animaux marins – sont tous apparentés.
Cette expérience m’a conduit à Okuki, un autre petit village du nord-est du Japon. Les maisons du village sont alignées avec soin sur la crête en pente douce de la montagne, qui s’étend vers l’océan. Chaque maison offre une vue sur l’océan et l’air est imprégné de son agréable parfum. La présence imposante de l’océan m’envahit entièrement. Les pêcheurs du village quittent le port avant l’aube et travaillent d’arrache-pied lorsque le soleil se lève et leur réchauffe le dos. Signe annonciateur du début de la journée, le lever du soleil est visible de n’importe quel endroit du village. Les pêcheurs ne tirent pas leur fierté de la prise la plus grosse ou la plus spectaculaire de la journée, mais plutôt du fait de rentrer au port sains et saufs à chaque fois. Ils le font toujours avec un sourire fier. Les poissons qu’ils ne vendent pas, ils les mangent en famille et les partagent avec leurs voisins. Lorsque les pêcheurs ne sont pas en mer, ils travaillent sur de petites parcelles de terre agricole. Chaque famille du village cultive ses propres récoltes, semant et stockant au gré des saisons. Ils coupent du bois dans les bois voisins pour alimenter leurs feux, cuire le poisson fraîchement pêché et chauffer leurs maisons en hiver.
Les pêcheurs parviennent à subvenir à tous leurs besoins essentiels en travaillant la terre et la mer de leurs propres mains.
Ils pêchent et mangent du poisson presque tous les jours. Ils vivent près de la mer, travaillent dans la mer et font partie intégrante de la mer. Je suis fermement convaincu qu’il ne s’agit pas simplement de pêcheurs, mais d’« hommes-poissons ». Ils coexistent avec la vie marine, appréhendent la mer comme le font les poissons et avancent vers elle. L’homme-poisson vit bercé dans les bras de la mer.
Tant qu’il y aura des habitants dans ce village, je crois que le mode de vie de l’homme-poisson perdurera.
Je suis retourné plusieurs fois au village d’Okuki pour prendre d’autres photos, et j’ai appris que la porte menant à un sanctuaire shintoïste du port de pêche avait été endommagée en 2011, lorsque le grand séisme et le tsunami de l’Est du Japon ont frappé la côte. La partie supérieure de la porte s’est détachée et a été rejetée sur une plage de l’État de l’Oregon deux ans plus tard.
Lorsque je rejoignais les pêcheurs sur leurs bateaux, j’avais souvent l’impression que nous pouvions aller toujours plus loin, à l’infini, et quand j’ai entendu parler de la porte, j’ai su que je devais partir pour les États-Unis.
La porte est arrivée avec des coquillages accrochés à sa surface ; elle semblait avoir considérablement vieilli au cours de son voyage, mais elle avait conservé sa couleur rouge d’origine. Elle a ensuite été entreposée pendant quelque temps dans un grand garage. Lorsque je suis arrivé en Oregon pour voir la porte, j’ai exploré les environs de l’endroit où elle s’était échouée. Par hasard, j’ai rencontré des pêcheurs locaux, qui m’ont raconté des anecdotes sur leur vie.
J’ai découvert que ces hommes abordaient l’océan et leur travail exactement de la même manière que les hommes d’Okuki. Leur mode de vie reste le même, qu’ils soient au Japon ou aux États-Unis. Au coucher du soleil, les gens se sont assis sur la plage. Ils ont regardé le ciel s’assombrir lentement et écouté les sons de l’océan.
Cette terre me semblait autrefois si lointaine, mais elle me paraît désormais si proche.
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Masaru Tatsuki