Anaïs Tondeur
Née en 1985. Travaille et vit à Paris.
Tournée vers les matérialités invisibles de l'air et du climat, Anaïs Tondeur saisit les images aux interstices de nos corps et des environnements, dans une étroite collaboration avec les milieux de vie, accompagnée de chercheurs en sciences sociales et en sciences de la Terre.
Ancrée dans les techniques premières de la photographie, sa pratique se déploie comme une lente composition du temps, de la chimie et du soin. À travers des processus attentifs à leurs propres enchevêtrements matériels, elle en vient à habiter l'image comme une membrane sensible : une surface poreuse, à l'écoute, qui reçoit et rend perceptible la présence d'êtres ordinairement éclipsés par les régimes dominants de la visibilité. La photographie y renonce à sa prétention à la représentation pour devenir un seuil : un lieu de passage à travers lequel des formes de vie autrement invisibles sont invitées à prendre la parole, à résister. Dans ce geste, l'image devient un mode de compagnonnage, une manière de s'accorder aux puissances d'agir d'un monde autre qu'humain.
Au premier plan de sa pratique, se trouvent des éléments insaisissables de la terre et de nos corps, à savoir des traces radioactives, des particules de noir de carbone, des plantes marquées par le trauma nucléaire, une odeur issue des profondeurs du temps géologique, des larmes humaines - tous ces éléments soulignant l'inextricabilité entre nos corps et le monde. Elle va à la rencontre de ces éléments et de ces êtres dans des lieux marqués par l’activité anthropique _des populations végétales qui évoluent dans les sols extrêmes de l’Anthropocène aux ciels pollués, des profondeurs d’une ancienne mine d’argent aux friches de l’usine Kodak à Vincennes _soit des espaces où “les ruines ne sont pas inertes, mais vivantes avec des résidus étonnamment chargés de potentiel” comme le souligne Kyveli Mavrokordopoulou. Elle cherche ainsi à développer avec ces résidus de nouvelles alliances sensibles, formes alternatives de relations (toxiques) et de matérialités photographiques permettant de penser nos relations à la terre pour mieux les panser.