Kazuo Kitai
Kazuo Kitai est né en 1944 en Mandchourie (alors sous occupation japonaise).
Abandonnant rapidement ses études de photographie au College of Art de l’Université Nihon, il s’impose à la fin des années 1960 dans la photographie documentaire en suivant les mouvements de contestation qui secouent la société japonaise : manifestations
étudiantes, mobilisations de la gauche radicale et luttes paysannes contre la construction de l’aéroport de Narita. Le livre devient très tôt un outil central de diffusion de son travail.
En 1965, il auto-publie son premier recueil, Teikō (Résistance), qui deviendra le premier ouvrage d’une œuvre éditoriale abondante. Au milieu des années 1970, Kitai s’éloigne des sujets explicitement politiques pour tourner son regard vers le monde rural.
Avec To the Village et Somehow Familiar Places, il observe les transformations silencieuses des campagnes — travail qui lui vaut d’être le premier lauréat du prestigieux prix Kimura Ihei en 1975. Cette attention au quotidien se prolonge dans des séries ultérieures telles que Shinsekai Monogatari et Funabashi Story ou encore, plus tardivement, Walking with Leica.
Si l’esthétique de ses images — instantanés souvent flous, grain marqué, contrastes appuyés — évoque celle de la jeune génération de photographes japonais de la fin des années 1960, notamment Provoke, Kitai a toujours cultivé son indépendance, ne rejoignant aucun groupe.
Avec sa série récente Iroha, il opère un véritable tournant par rapport à son approche documentaire initiale, témoignant d’un renouvellement radical à plus de 80 ans.
Récompensé à plusieurs reprises par la Société photographique du Japon, il reçoit en 2024 le prix Kazuemon Hidano lors du Higashikawa International Photo Festival. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Tokyo Photographic Art Museum, du
National Museum of Modern Art de Tokyo, ainsi que dans celles du San Francisco Museum of Modern Art, du Museum of Fine Arts de Houston et de l’Art Institute of Chicago.